ALEX GARCIA / SPLIT: Diviser pour mieux danser

03 05
Partager Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

En pénétrant dans l’enceinte des Vivres de l’Art, la petite troupe déjà présente, miraculeusement épargnée par les averses incessantes qui s’abattent depuis des mois, s’affère devant l’entrée de la Galerie d’où semble provenir un appel subtilement funky. Yoüg, chauffe la piste et remplit cette fonction à merveille. Sur Serato, ce beatmaker bordelais qui s’était fait grandement remarqué avec son album « What I Do », a su trouver la recette idéale du warm up Electro Hip Hop, suave et groovy.

Habituellement squatté par tplt et les évènements du Verger, je retrouve avec joie l’agréable atmosphère de ce lieu atypique. Comme beaucoup, j’ai été happé par un raz de marée de communication, envahissant les réseaux sociaux, pour la promotion du premier album d’Alex Garcia, édité par l’excellent label bordelais, SoundRising Records.

SoundRising n’est pas seulement un label, ni même un collectif, c’est une famille. Une famille recomposée, métissée, créative et extraordinairement engagée. Un engagement profond, pour le développement des musiques électroniques alternatives, l’organisation de fêtes en marge, la mise en avant d’artistes locaux. Pas seulement musiciens ou DJs, mais aussi, photographes, sculpteurs, réalisateurs, plasticiens ou encore graffeurs. Une sorte de gros bouillon de compétences et d’énergie de la culture Underground.

SoundRising voit le jour en 2012, sous l’impulsion d’une poignée de passionnés, dont Rémi (Drum Theatre), Fifi (Roots Zombie), mais également Maxime et Flo. Low-K rejoint la troupe en 2013 et fonde le label qui enchaine depuis les sorties. Orienté Bass Music, SoundRising Records s’aventure bien volontiers vers le Dub, le Hip Hop et la musique électronique au sens large du terme. Le « Let Me Introduce EP » de Pläcid, une des dernières releases de la maison, plonge l’auditeur dans un enchevêtrement Acid angoissant. Gesaffelstein n’a qu’à bien se tenir !

Depuis le début de l’aventure, nombreux sont celles et ceux ayant rejoint les rangs, activistes de l’ombre. Nombreuses, furent également les collaborations, que ce soit avec les LCDC, les HOTU, ou encore pour le festival So Good. On retrouve les SoundRising un peu partout, investissant la plupart des salles de la ville : du ZigZag au Bootleg, avec les soirées Drum is Back, ou encore le Redgate et les Bass Riots. La Rock School Barbey, le Shake Well et tant d’autres évènements. La clique de SoundRising est sans nul doute le collectif le plus influent du moment.

Alors que le hangar tarde à se remplir, Victor Newman nous propose « Blue Door », en ouverture de ce live où l’on retrouve des titres de son premier album, et quelque unes de ses nouvelles productions, pour la plupart Dub, et Electronica. Sortie l’an dernier, « Parenthèse utopique » est une belle découverte, un véritable travail d’orfèvre, tant dans l’écriture que dans la production. Fruit d’une collaboration entre le compositeur et la photographe Pauline Garcia Sancho, dont les portraits torturés sont en partie exposés pour l’occasion, ceux qui ne le connaissent pas encore ont donc le plaisir de découvrir « Blow It », « Listen to me », « Clock Throttled », une version Techno/Downtempo  de « Talk To A Ghost », suivi du magnifique « Thousand Yard Stare », clôturant l’opus. Le tout, agrémenté de quelques pépites aériennes, dont un finish délicatement Techno.

L’ancien batteur des Hurlements d’Léo tourne avec différents pseudos, groupes et projets. Festivals, clubs, salles de concert, de 70 à 180 bpm, de Subvivors à MaDDoX, de Moonlander à Roofriders (accompagné par Janiss et Thomas Anton): Victor Newman se donne à fond. Que ce soit derrière une batterie ou derrière ses machines, Rémy a du talent, et n’a jamais cessé de le partager. Enregistrée par KAM, sa performance sera diffusée très prochainement sur Travelzik

La Galerie se comble enfin. Je m’éloigne un peu des enceintes afin de profiter du bar, et de l’exposition de Manu Faktur, talentueux et ultra productif « psychoplasticien », comme il se présente lui-même. Manu a travaillé sur le visuel du collectif, ainsi que sur la déco de certaines de leurs soirées, en particulier celles organisées au Bootleg.

Ici et là, des sourires, une ambiance presque familial et bon enfant. Quelques enfants justement présents, se mêlant parmi les habitués et les visages qui me sont familiers. On croise bien évidemment le maitre des lieux: Jean François Buisson, mais également des membres des Arakneed, des Volition Accoustic, des Alchimystik, et de l’Asso 303, rappelant que l’histoire du Collectif SoundRising est étroitement liée à celle du milieu Free. En particulier son histoire récente et la naissance de la Patrouille 22. Ayant laissé de côté cet univers au début des années 2000, je dois reconnaitre que les P22 ont su me réconcilier avec la scène Free et les soirées alternatives dont SoundRising représente en quelque sorte la partie visible de l’iceberg.

Pendant ce temps, Roots Zombie fait justement honneur à l’excellent Soundsystem des Volition, sur lequel s’entrechoque des sonorités Dub, Jungle et même Techno dont le garçon nous a habitué. Une alchimie parfaite qui prend tout son sens en live et dont l’énergie folle attrape les 400 personnes qui se sont rapidement entassés, comme une lame de fond dont aucun d’entre nous n’essaiera de s’échapper…

Derrière sa console, et accompagné sur scène par Fred, le charismatique bassiste de DIY Sound mais aussi de The Subvivors, Fifi s’apparente à un chirurgien, distillant ses effets dans une frénésie Digital et Steppa, assommant de plaisir les jeunes et les moins jeunes, avides de frissons.

Avec plusieurs albums et maxis à son actif, sortis chez ODG Prod et SoundRising Records, tous plus sautillants les uns que les autres, Roots Zombie est également un des fondateurs du Collectif SoundRising. Fort de ses collaborations, avec Low-K, Drum Theatre, Gary Clunk ou encore Fred Machinist, Roots Zombie s’est forgé une belle réputation dans le milieu du Dub, et doit sortir son nouvel et troisième album, sur ODG, le 15 Mai.

À paraitre sur le second volet de la compilation Underground Bordeaux Massive, le titre « Physik » retourne et chauffe à blanc la foule en liesse, accueillant désormais Alex Garcia, dont les initiales apparaissent de part et d’autres de la scène…

Derrière lui, se dresse une structure signée Saïr, sur laquelle un mapping est projeté, créé pour l’occasion par FullScreen Mode. Le tout filmé et retransmis en direct par KAM.

Ce soir, les visuels sont à l’honneur. Pour l’occasion, Tu Tur et De Natura Rerum se sont joint au projet.

Tour à tour DJ, producteur et live performer, Alex Garcia jongle entre les styles et les sons depuis le début des années 2000. Grand amateur de machines analogiques, il travaille sa musique à l’ancienne, et a su trouver l’équilibre parfait entre son amour pour le clubbing et la scène Free. Sympathisant des deux camps, et activiste jusqu’au-boutiste, il intègre différentes formations, tantôt mainstream, tantôt underground.

Les opportunités se multipliant, les rencontres également, Alex Garcia finira par rejoindre le Collectif SoundRising, avec qui il signera son premier EP en 2015.

L’ambiance est survoltée, et les premières notes de « La marche de l’empereur », Electroclash à souhait, annoncent clairement la couleur. « Follow the little rabit » qui lui succède, nous plonge dans un univers SF, où un Fischerspooner se serait invité dans je ne sais quel Teknival, pour un set au levé du jour, faisant sautiller des milliers de petits lapins blancs surexcités.

De longs mois de préparation et des passages répétés en studios auront été nécessaires pour que ce premier album voit le jour. Victor Newman, Low-K et Dizkal sont également présent sur le projet, en particulier, pour le mixage et le mastering. Autant dire que « Split » et un pur produit SoundRising.

Fan de Rebotini, avec qui il a eu la chance de jouer en 2015, Alex ne quitte jamais sa TR707 et son MS20 qu’il maitrise à la perfection. Il est passionné et ambitieux. Ce travail acharné lui a permis de partager l’affiche avec des producteurs légendaires tels que Johannes Heil ou Emmanuel Top. Il vient de se produire encore tout récemment, auprès de Dr Motte, nul autre que le créateur de la Love Parade de Berlin.

La température ne cesse de monter et les titres s’enchainent dans une escalade de sons bruts et de rythmiques sans fioriture.

Ce soir, je retrouve un peu cette ambiance particulière, que j’avais ressenti ici même lors du passage d’Acid Square Dance, moitié d’Acid Arab, me rendant nostalgique de cette période un peu dingue du début des années 90’s, du son Rave.

Avec « Sade profecy », provoquant l’hystérie collective, Alex nous donne le coup de grâce, ouvrant la porte au très attendu « Split », dont le clip (réalisé par Jeremy Trellu et Maxime Rey) tourne en boucle depuis des semaines.

Jusqu’au bout, le jeune garnement n’épargnera personne. De toute évidence, la musique d’Alex Garcia sonne comme une urgence. Avec ce titre, comme pour tous les autres, le message est sans appel : dansons, tant qu’il en est encore temps !

On l’aura compris, les Vivres de l’Art furent durant quelques heures, un véritable lieu de convergence, de passion, d’harmonie, d’échange. Exactement la fonction auquel ce lieu culturel prétend.

Cependant, le marathon SoundRising  ne s’arrête pas là: les « Open Air Meeting » approchent, et elles se dérouleront à la Chiffonne Rit à partir du 12 mai !

A priori, le printemps peut enfin commencer…

 

12 Mai: Bass Afternoon w/ Norman / Täz / Nasty Lewis / The roofriders / Low-K / Drum Theatre // Expo: Manu Faktur / Pauline Garcia Sancho / Guillaume

09 Juin: Techno Afternoon w/ Alex Garcia / Victor Newman / Marco Gomes / Neuroptik Teknodrom / Moonlander / Dam Strad / Maël Crestia // Expo: Saïr777 & more TBA…

14 Juillet: Dub Afternoon w/ DIY SOUND / Ekorce / Stepper Sons / Kaya Natural Sound System / Infinity Hi-Fi & much more TBA…

Crédit Photos: ©Le Polak

 

Julien Dumeau