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LE VERGER FESTIVAL, OFF : DOPPLEREFFEKT

21 07
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En ce début de mois de Juillet, et dans le cadre du Verger Festival, premier du nom, mon attention avait été attirée par la programmation du Off, annonçant la venue exclusive de Dopplereffekt pour un live audio-visuel prévu à l’i.Boat.

Crée en 2014, Le Verger est un concept lancé par Superlate, Jacob, Yougo, Charl et Ressmoon du collectif bordelais TPLT, ayant pour objectif l’organisation d’évènements dans le jardin des Vivres de l’Art ou dans la Serre (Le Salon) pour son format hiver. Danser sous le soleil étant le principe de base, ces évents se déroulent en général entre 14h et 22h.

De nombreux DJ français mais aussi internationaux ont contribué à l’essor du projet, et en dépit d’un succès grandissant, les teufs du Verger ont conservé leur fraicheur et leur originalité.

Parmi les différentes activités du collectif, on retrouve également des collaborations avec le VOID (ex Heretic), l’i.Boat, l’association Transfert et de nombreux autres lieux et acteurs des nuits bordelaises…

Avec ce festival, TPLT se retrouve au commande d’un line up pointu et varié, divisé en trois scènes.

Un Verger XXL

J’arrive sur les lieux assez tardivement, et avec la menace des orages, je constate que le live de Dazion, initialement prévu au Verger se déroule finalement dans le Salon, et comme la veille, il y fait horriblement chaud. Le hangar est en partie déserté par le public, privilégiant le soundsystem imposant du Kiosque et surtout l’agréable petite brise, caressant les corps et les visages brûlants des danseurs souriants, dont les petits culs se tortillent autant que celui de Jayda G, distillant une House élégante et Funky.

Puis viendra le tour de Tornado Wallace, excitant la foule avec ses grands écarts improbables mais d’une efficacité redoutable, entre Techno Acid et vieux « tubes » House : on reconnaîtra aisément le classique «Spastik» de Plastikman ainsi que le « Make you whole » d’Andronicus au sein d’un set évidemment très 90’s.

Le DJ australien s’emparera même occasionnellement du micro, avec la complicité de l’un de ses comparses, haranguant la foule façon Nitzer Ebb. Les centaines de bras en l’air annoncent un final particulièrement chaud et il le sera !

23h00 : échappant miraculeusement à la pluie, toute cette petite bande s’échoue aux abords de la station de tram et du bassin à flot. Beaucoup prennent la direction de l’i.Boat mais pour ma part je décide de me poser un peu afin de me remettre de mes émotions…

OFF : Welcome on board

Aux alentours de 1h j’arrive finalement sur le bateau et je devine en un coup d’œil que celui-ci est pris d’assaut par une bonne partie des festivaliers.

Démarre alors l’inévitable tour de piste : avalanche de bises et de « Yo mec ça va ? » puis au bout de quelques minutes je descends dans la cale plutôt clairsemée où il y fait étrangement bon…

O. Xander, mixant sur vinyle, chauffe l’ambiance et à une demi-heure de l’entrée en scène du duo Electro je me dis qu’il est temps de me faufiler tout devant histoire de ne pas en louper une miette. Autour de moi s’agglutinent rapidement des habitués du lieu mais aussi des « anciens » que je repère ici et là, un peu perdus et trépignants d’impatience, curieux comme je le suis également de savoir ce qu’ils vont bien pouvoir (et vouloir) nous proposer.

Detroit, où quand une ville enfante un genre

En effet, « Cellular Automata », sorti en avril dernier sur le label allemand Leisure System est un album très doux, comme le précédent, sombre évidemment mais quasiment ambient.

Lorsque j’ai découvert Dopplereffekt au milieu des années 90 pour la sortie de l’extraordinaire « Fascist State » sur le label Dataphysix, j’étais déjà fan d’Electro, puis comme beaucoup, je me suis pris une double claque lorsque la compilation « Gesamtkunstwerk » s’est retrouvée dans les bacs en 1999, éditée cette fois ci sur le célèbre label de DJ Hell : International Deejay Gigolo.

Evidemment on parle ici d’Electro, ce style de musique né au début des années 80, froid et sombre, dont le père spirituel n’est autre que Juan Atkins, puisant dans les recettes des teutons Kraftwerk, de la New Wave, de l’Indus mais aussi dans la chaleur du Funk US et de la Bass Music de Miami. Il ne s’agit pas de ce terme générique, usé jusqu’à la moelle depuis le début de ce siècle, où s’engouffre tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la musique électronique, soyons clair !

Originaire de Detroit, tout comme UR ou Aux 88, cette formation est composée de Gerald Donald et Michaela To-Nhan Bertel. Le premier s’active depuis quelques années déjà avec son acolyte James Stinson sur des projets plus ou moins similaires et très ambitieux comme Life After Mutation, Elecktroids (Warp) ou Drexciya. Quand à Michaela, elle débarque en 1995, envoutante et mystérieuse comme le furent les premiers titres du duo et en particulier « Scientist ».

Pour la sortie de « Gesamtkunstwerk », en pleine période Electro Clash et alors que la plupart des kids bandent sur les miaulements nonchalants de Miss Kittin, il était de bon ton de rappeler à tous que Michaela miaulait encore plus salement et le faisait bien avant !! Pendant que l’une s’enfilait des coupes de champagne l’autre rêvait de devenir une porno star… Mais revenons à nos boutons.

Humans vs Machines

2h00 : l’atmosphère est devenue moite et la cale du navire s’est rempli. Deux claviers Korg Triton se font face. En revanche, point de Vocoder à l’horizon, transformant habituellement les voix en celles de robots venus d’ailleurs et apportant une touche ultra futuriste aux titres du groupe. Michaela, le visage recouvert d’un masque noir est immobile. Impassible, elle reste les mains jointes devant elle, la tête droite comme un mannequin.

Arrive enfin la seconde moitié du duo masqué, qui enverra les premières notes d’une longue plage aux arpèges hypnotiques et alors que des nappes obscures se superposent on comprend immédiatement qu’ils ne sont pas là pour rigoler.

La déshumanisation est en marche. Le public est perplexe : je suis aux anges.

En véritable chef d’orchestre, il ordonne à sa moitié (parfois agressivement) les moments où celle-ci enverra les quelques passages mélodiques. Quant à lui : il balance frénétiquement ses patterns où s’entremêlent sons métalliques, rythmiques saccadées et lignes de basse folles, terriblement dark. Derrière la scène sont diffusées des images en noir et blanc de formules et d’équations, des atomes cubiques en 3D puis des ondes, des laborantins et autres pseudo Marie Curie en pleine recherche et découvertes.

On regrettera la durée de la séquence qui se répétera plusieurs fois durant le show. Il doit exister suffisamment d’images d’archive pour tenir 1h mais j’imagine que ce n’était pas l’objectif. Cela étant dit, il faut avouer que malgré la répétition le rendu est plutôt saisissant.

Le son est bon et la température ne cesse d’augmenter.

Après le traditionnel et tristement célèbre « à poil ! » envoyé sur ma droite il me revient à l’esprit que je suis à l’i.Boat où se mélange assez maladroitement Clubbers, puristes et bouseux des villes. L’alcool conjugué à une consommation excessive de psychotrope n’excuse pas tout.

Pendant que beaucoup se demandent à quel moment ça va « péter » je tente d’expliquer à mon voisin que Dopplereffekt ça n’envoie pas. Dopplereffekt ça se vit.

En m’extirpant sur la gauche j’essaye de refermer cette parenthèse en me dandinant énergiquement car même si le bpm est downtempo, puissance et intensité sont clairement présentes.

La plupart des titres proviennent des deux derniers albums et pour un certain nombre d’entre eux, ils sont librement revisités pour le dancefloor. Rythmiques typiquement Electro, glaciales et mécaniques : la fin du monde est proche. La fin du monde des humains.

S’enchaîneront « Von Neumann Probe », « Isotropy », « Non Vanishing Harmonic Spinor » , « Hyperelliptic Surfaces » , ainsi que « Tetrahymena » et « Delta Wave » tous deux sortis récemment sur Leisure System.

Au bout d’une heure d’Armageddon où l’on comprend que nous courrons indéniablement à notre perte, le duo s’éloigne vers le back stage sans un seul regard pour son public, laissant tourner une nappe lugubre auquel Gerald Donald mettra fin quelques secondes plus tard.

Mauvaise humeur et froideur font partie du spectacle mais mon petit doigt me dit que ces deux-là n’ont pas décroché un sourire de la soirée et qu’ils ont dû en faire baver les organisateurs et autres régisseurs…

Entre applaudissements et stupéfaction, Jann prendra intelligemment le relai en continuant dans une ambiance Darkwave, Minimal et post Indus qui me remplira de bonheur. Toutefois je ne resterai pas jusqu’à la fin car la chaleur est suffocante.

Ce Festival Le Verger est une vraie réussite, et en attendant la nouvelle édition, il est sûr que j’irai à nouveau me prélasser, un après-midi ou un autre, dans les jardins de Jean François Buisson.

Julien Dumeau

 

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